Mes prisons

Edouard Limonov

Language: French

Publisher: Actes Sud

Published: Oct 6, 2013

Catégorie de lecture: Ebook
On Kobo:
Nb de pages: 237
Recommendation de lecture: à lire à l'occasion
KOReader MD5: 35db687a72d2b2c289b9e2adacc0281e

Description:

Edouard Limonov, leader des natsbols (national-bolchevik) ayant rejoint le mouvement L'Autre Russie présidé par Kasparov, a purgé quatre années de prison avant d'être libéré en 2003. Mes Prisons retrace cet épisode qui lui a fait connaître la vie carcérale des détenus en Russie. **

Extrait

Sotchan fut extrait le dernier. Il sortit du mitard le visage mangé de barbe, des cernes sous les yeux, le teint bistre et les joues creuses. Son vieux survêtement d'un vert grisâtre pendait sur une carcasse fatiguée. Il était visiblement excité et heureux de nous voir réunis dans la salle des parloirs avocats. Il s'avança jusqu'au centre de la pièce où nous étions tous installés dans des poses diverses.
- Quelqu'un aurait une cigarette ?
Les gars explorèrent leurs pantalons et le creux de leurs aisselles et brandirent des cigarettes aplaties extirpées de ces cachettes, tandis qu'il serrait nos mains tendues.
Après avoir tiré une bouffée, Sotchan voulut se dégourdir les jambes au milieu de la salle et on lui fit immédiatement de la place.
- Hé, ça me fait tourner la tête !
Il tituba très légèrement. La nature l'avait doté d'une stature au-dessus de la moyenne.
- J'ai le tournis... Vingt-quatre heures sans fumer. Les débats vont commencer aujourd'hui et là le procureur va me tailler un beau costard. Encore heureux si je m'en tire avec vingt ans.
Il esquissa un sourire las.
- Ils ne m'ont même pas laissé me préparer pour les débats.

Revue de presse

Qu'il décrive des rapteurs tchétchènes, de médiocres tueurs alcoolisés ou des violeurs présumés de fillettes, c'est en écrivain qu'il les appréhende et les rédime, à la manière du Dostoïevski (en prison, il lit d'ailleurs, outre la correspondance de Lénine, l'Idiot), tel que Virginia Woolf définissait la littérature russe : «La simplicité, l'absence d'effort, l'affirmation que dans un monde crevant de misère le premier impératif c'est de comprendre nos compagnons de souffrance [...] avec le coeur.» Cette littérature a trouvé naturellement un sommet artistique et politique dans le récit carcéral ou concentrationnaire. Non sans frime et style tapageur, Limonov s'installe à mi-pente dans cette tradition...
La personnalité violente et incontrôlable de Limonov ne peut être que gênante pour des démocraties où l'opposition est censée venir de personnages corrects et assimilés. Mais c'est sans doute elle qui, en Russie, lui permet de défier un régime qui met ses sous-citoyens au pas. (Philippe Lançon - Libération du 6 février 2009)