Sélection
Télérama-France Culture
Drôle de livre que celui-ci, vif et énigmatique, élégant et inquiétant,
terriblement écrit – comme si le langage, les mots, en étaient le seul
vrai sujet. C’est d’ail-leurs un peu le cas, puisque c’est une figure
d’éditeur qui en est le cœur battant : Bernard Grasset, celui-là même
qui fonda la maison d’édition où travaille aujourd’hui Christophe
Bataille, et lui donna son nom. Qu’est-ce que l’édition ?
« L’électricité + les mots », disait Grasset, « le patron », homme
fantasque et colérique que, via son narrateur, Bataille nous donne ici à
voir tantôt accoudé à la table de chêne, recevant Radiguet ou Cocteau
dans son bureau de la rue des Saints-Pères, siège germanopratin de sa
maison d’édition, tantôt reclus dans une maison de repos de Meudon,
malade, mutique, absent aux autres si ce n’est à lui-même. Un cas
singulier de folie mêlée de génie, au centre d’un livre qui, fou, ne
l’est pas moins – jamais mélancolique, électrique plutôt, quoique drapé
de ténèbres.
Nathalie Crom
Ed. Grasset, 120 p., 11,90 €.
Le 07/10/2006 Nathalie Crom - Telerama n° 2960
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Au rez-de-chaussée de la rue des Saints-Pères, Bernard Grasset avait eu ce rire éclatant qu’il réservait à Radiguet autrefois, col blanc mou et porte-cigarettes nacré. Mon cher, que croyez-vous ? C’est quoi notre métier ? La littérature ? L’art ? La pensée ? Le dressage des grands fauves ? Laissez-moi vous dire : L’ÉDITION, C’EST L’ÉLECTRICITÉ + LES MOTS. Parfois l’électricité dévore les mots : les feux de la rampe. Parfois l’éditeur mâche son papier, joyeux, mâche de longues bandelettes arrachées aux manuscrits, mâche les brouillons, les contrats, les traités, et meurt empoisonné. C’est peut-être ça, la littérature ?
Description:
Le 07/10/2006
Nathalie Crom - Telerama n° 2960
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Au rez-de-chaussée de la rue des Saints-Pères, Bernard Grasset avait eu ce rire éclatant qu’il réservait à Radiguet autrefois, col blanc mou et porte-cigarettes nacré. Mon cher, que croyez-vous ? C’est quoi notre métier ? La littérature ? L’art ? La pensée ?
Le dressage des grands fauves ? Laissez-moi vous dire : L’ÉDITION, C’EST L’ÉLECTRICITÉ + LES MOTS. Parfois l’électricité dévore les mots : les feux de la rampe. Parfois l’éditeur mâche son papier, joyeux, mâche de longues bandelettes arrachées aux manuscrits, mâche les brouillons, les contrats, les traités, et meurt empoisonné. C’est peut-être ça, la littérature ?