Fille noire, fille blanche

Joyce Carol Oates

Language: French

Publisher: Hérétiques

Published: Jul 10, 2012

Catégorie de lecture: Ebook
On Kobo:
Nb de pages: 308
Recommendation de lecture: à lire à l'occasion
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Description:

Fille noire, fille blanche

Joyce Carol Oates

Roman

On aime passionnément

Cette année 2009 demeurera, dans la mémoire des lecteurs français de Joyce Carol Oates, un bon, un très bon cru. Six mois après la parution de son Journal (1973-1982) (éd. Philippe Rey), formidable document littéraire, d'une belle profondeur méditative sous des dehors parfois très anodins voire triviaux, voici que la pléthorique et quelque peu inégale bibliographie traduite de l'Américaine s'enrichit d'un coup de deux nouveaux titres : Vallée de la mort, un recueil de nouvelles, et surtout Fille noire, fille blanche, redoutable machine romanesque, saisissante d'ambiguïté et d'inconfort.

Soit deux très jeunes femmes, dans les années 70, que le hasard réunit : elles partagent une chambre sur le campus d'une prestigieuse université féminine de la côte Est. Genna Meade, c'est la « fille blanche », grandie dans une famille bourgeoise, intellectuelle et bohème, mère post-hippie, père militant de gauche, voire d'ultragauche. Minette Swift, c'est donc la « fille noire », étudiante afro-américaine boursière, fille de pasteur. Laquelle Minette, adolescente guère sympathique, renfermée, butée, devient bientôt la cible d'actes de malveillance anonymes répétés, malsains...

Si le suspense, l'interrogation anxiogène liée à l'énigme ne sont pas absents de Fille noire, fille blanche, ils ne sont pas pour autant le moteur du roman - on a d'ailleurs appris, dès le préambule, que Minette était morte au cours de cette année scolaire. Ce qui est fascinant, ici, c'est l'éminente pénétration psychologique dont Oates fait preuve, fouillant en profondeur le labyrinthe secret des consciences pour dresser le portrait complexe de Minette, celui non moins subtil de Genna - en fait, c'est elle, Genna, qui, trente ans plus tard, raconte l'histoire. Captivant, tout autant, le tableau de l'Amérique des années 70 que dessine le face-à-face entre les deux jeunes filles, leur impossible amitié : entre tensions raciales et, déjà, défaite des utopies, l'héritage de chacune était si lourd à porter...

 

 

Le 17/10/2009 - Mise à  jour le 18/09/2013 à  17h18
Nathalie Crom - Telerama n° 3118

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Elles se sont rencontrées au cœur des années soixante-dix, étudiantes et camarades de chambre dans un collège prestigieux où elles entreprenaient leur cursus universitaire. Genna, descendante du fondateur du collège, est la fille d’un couple très « radical chic », riche, vaguement hippie et résolument à la marge. Le père est un éminent défenseur des mouvements révolutionnaires opposés à la guerre du Vietnam. Minette Swift, fille de pasteur, est une boursière afro-américaine venue d’une école communale de Washington. Nourrie de platitudes libérales et rongée en permanence de culpabilité, Genna, qui refuse l’idée même du privilège, ne cesse d’essayer de se faire pardonner ce qu’elle estime être une éducation élitiste. Que Minette soit noire et issue d’un milieu modeste lui fait à ses yeux le devoir de la protéger d’un harassement sournois de la part des autres étudiantes. En Minette elle voit moins la personne que la figure symbolique de la fille noire vainquant l’oppression. Et ce malgré l’attitude singulièrement déplaisante d’une Minette qui se montre impérieuse, sarcastique, et animée d’une certaine dose de fanatisme religieux. La seule religion de Genna, c’est la piété bien intentionnée et au bout du compte inefficace des radicaux de l’époque. Ce qui la rend aveugle à la réalité jusqu’à la tragédie finale. Minette meurt au cours d’un incendie provoqué, semble-t-il, par des bougies dont Genna lui a fait cadeau... Sous le choc, celle-ci tombe malade et, dans un accès d’hystérie fiévreuse, trahit son père coupable d’avoir autrefois aidé à fuir l’auteur d’un attentat. Quinze ans – et plusieurs vies détruites – plus tard, Genna tente d’expliquer la genèse de ces drames, nous offrant ainsi au passage une peinture intime et douloureuse des tensions raciales de l’Amérique.