Le Grand Cahier

Agota Kristof

Book 1 of Trlogie des jumaux

Language: French

Publisher: Points

Published: Apr 15, 1986

Catégorie de lecture: Ebook
On Kobo:
Nb de pages: 150
Recommendation de lecture: à lire à l'occasion
KOReader MD5: 6d95b0a0d1d58903af9106c0dd9c3037

Description:

Dans la Grande Ville qu’occupent les Armées étrangères, la disette menace. Une mère conduit donc ses enfants à la campagne, chez leur grand-mère. Analphabète, avare, méchante et même meurtrière, celle-ci mène la vie dure aux jumeaux. Loin de se laisser abattre, ceux-ci apprennent seuls les lois de la vie, de l’écriture et de la cruauté. Abandonnés à eux-mêmes, dénués du moindre sens moral, ils s’appliquent à dresser, chaque jour, dans un grand cahier, le bilan de leurs progrès et la liste de leurs forfaits.

Le Grand Cahier nous livre une fable incisive sur les malheurs de la guerre et du totalitarisme, mais aussi un véritable roman d’apprentissage dominé par l’humour noir.


Le monde mis en scène par deux jumeaux.

D'UN côté, la volonté de redéfinir toutes choses, de retrouver l'élémentaire, ce que les jumeaux, héros du livre, nomment les " objets indispensables ", de l'autre côté, le combat contre la perte du sens et de la liberté.

Agota Kristof, dans ce premier roman, se trouve ainsi à la charnière de deux mondes, deux imaginaires : l'Ouest intimiste et l'Est politique. Et son livre, du coup, rend un son étonnamment neuf.

L'histoire se passe durant une guerre, dans une campagne, près d'une grande ville occupée par l'ennemi, nazi sans doute, et qu'on a fuie.

Une malédiction ambulante

Une femme confie ses enfants à sa mère. Celle-ci les accueille mal, mais elle consent à les garder. Elle les appelle " fils de chienne ". Au village, on l'appelle " la sorcière ", on dit qu'elle a empoisonné son mari. Elle est très sale, terrible, elle travaille dur et, le soir, quand elle a bu, elle se met à parler une langue étrangère, toute seule, puis elle pleure. Amorale, exclusivement occupée à se nourrir, sans âme peut-être, elle est apte à survivre, sans être vraiment dans le camp des vainqueurs. Retournée aux sources de l'humaine condition, archaïque et prémonitoire, cette femme est une malédiction ambulante. Elle tue, vole, trahit sans la moindre hésitation. Sauf qu'un jour, voyant passer le troupeau humain qu'on déporte, elle offre des pommes, et manque y laisser sa peau.

Les jumeaux consignent cette terrible histoire. Livrés à l'âpre vieille, au dur hiver, à la faim, à la guerre, ils se composent une existence ; ils apprennent qu'il est vain de se rebeller, qu'il est bon de nourrir les bêtes, d'arroser le jardin, de cueillir les fruits, de casser le bois, de charger la brouette, de faire, enfin, tous les gestes nécessaires. Quand c'est fini, la grand-mère s'arrête. Eux continuent. Rédigent le grand cahier, font des exercices d'endurcissement du corps pour ne plus être vulnérables. Exercices d'immobilité, ou de cruauté.

Ils observent aussi les adultes, leurs faiblesses, leur goût du scandale, leurs tricheries. Ils apprennent à ne pas dire la vérité quand c'est inutile. À faire face aux interrogatoires de la police, à utiliser les gens comme des " objets indispensables " mais en certaines circonstances, et pour un temps limité. Monstrueux, intelligents.

De sa manière méthodique et tenace, dans un style qui ne craint ni les répétitions ni les définitions, Agota Kristof crée un univers : le monde comme il court à sa perte, mis en scène par deux jumeaux et une vieille qui en appliquent les règles inavouées, sans crainte et sans honte. Et surtout sans faiblir. Ils sont inhumains, et porteurs néanmoins de l'étincelle qui fait que les hommes résistent aux terreurs et aux oppressions. GENEVIÈVE BRISAC. Le Monde

« Un roman magnifique sur le déracinement, la séparation, l'identité perdue et les destins brisés dans l'étau totalitaire. » L'Express