Lignes de fuite

John Harvey

Language: French

Publisher: Rivages/Thriller

Published: Jan 24, 2014

Catégorie de lecture: Ebook
On Kobo:
Nb de pages: 378
Recommendation de lecture: à lire à l'occasion
KOReader MD5: 7261c41374f5e3a11a0c0efb92f2ce3e

Description:

Karen Shields, jeune inspectrice d'origine jamaïcaine, est chef de l'équipe des homicides à la police métropolitaine de Londres. Elle enquête sur la mort d'un jeune Moldave retrouvé sous la glace d'un étang gelé à Hampstead Heath. Pendant ce temps, Cordon, inspecteur placardisé dans une petite ville de Cornouailles, recherche une jeune femme disparue, qu'il a connue 15 ans plus tôt alors qu'elle était une adolescente paumée, tombée dans la drogue et la prostitution. Les deux enquêtes vont trouver un fil commun...

Extrait

Le visage sous la glace levait vers elle des yeux morts, grands ouverts, la fixité du regard floutée comme à travers du verre de bouteille. Un peu plus loin barbotait une petite troupe de canards indifférents. La peau devait adhérer par endroits, songea Karen Shields : le front, l'arête du nez, le menton. Une substance noirâtre s'était répandue à côté du crâne avant de geler. Du sang, vraisemblablement. Ça lui faisait penser à cet artiste, comment s'appelait-il déjà, ce branleur ? Le type qui s'en mettait plein les poches en coupant en deux des animaux qu'il exposait, conservés dans du formol.
Des policiers en vêtements de protection étaient en train de fermer l'accès au chemin entre les plans d'eau. Sans se presser : il n'y avait plus d'urgence, à présent. Empêchés d'aller plus loin, quelques joggeurs matinaux avec gants et bonnet trottinaient sur place, jetant des regards dans leur direction ; Karen voyait leur haleine blanchâtre sautiller dans l'air.

L'appel l'avait réveillée. Dans un demi-sommeil, elle avait laissé échapper son portable qui était tombé sur le lit.
- Hé ! avait-elle entendu, alors que son coude s'enfonçait dans quelque chose de mou à côté d'elle. Hé, calmos !
Elle avait presque oublié qu'il était là.
Elle avait dit quelques mots au téléphone, puis écouté. L'homme qui dormait dans son lit s'était poussé en grommelant, révélant un tatouage entre l'omoplate et la nuque qui commençait à se confondre avec la teinte naturellement foncée de sa peau. Si c'était à refaire, le choisirait-elle encore dans un bar bondé ? En aurait-elle seulement envie ?
- Je suis là dans vingt minutes, avait-elle promis avant de raccrocher. Trente max.
Pas question de sortir sans avoir pris une douche.
- Qu'est-ce qui se passe ? protesta l'homme. Ramassant sa chemise et son pantalon par terre, elle les lui jeta à la tête.
- Tu t'habilles, d'accord ?

À son arrivée, le responsable de la scène de crime et son équipe étaient en train de se concerter : impossible de décider quelle était la meilleure façon de dégager le corps de la glace. Ce serait donc au bureau du coroner de trancher.
Au sommet de la butte, à l'autre bout de l'étang, des silhouettes d'arbres s'entrelaçaient dans le ciel. Noël dans quatre jours. Non, trois. Des cadeaux achetés pour sa famille en Jamaïque, mais pas encore envoyés. Viens à la maison pour les fêtes, lui avait proposé sa soeur Lynette, qui vivait à Southend et qui avait des jumelles. Tu ne vas pas passer Noël seule.
- Inspecteur, le patron voudrait vous parler, lui dit un jeune agent, qui, sans son casque, lui arrivait à peine à l'épaule.
Karen leva les yeux.
(...)

Revue de presse

Métier, modestie, talent : John Harvey, maître du polar britannique, montre que le genre peut toujours compter sur lui. Chercher la jeune pousse vivace parmi la forêt sombre et sauvage des auteurs de polars est une bonne chose. Mais il ne faudrait pas pour autant oublier les vieux chênes. John Harvey, 76 ans, est de ceux-là et son excellent nouveau roman, Lignes de fuite, montre qu'il ne sert à rien d'aller congeler des cadavres dans la banquise pour faire dans la qualité. Ce livre pourrait même servir de définition au genre : réaliste, noir, émouvant, contemporain, sans gras, captivant. (Eric Libiot - L'Express, octobre 2014)

Harvey construit au millimètre une double intrigue construite autour de deux personnages...
L'auteur les met en scène dans leur complexité, leurs difficultés à vivre, leur volonté désespérée de ne pas baisser les bras. Après sa fameuse série des Charlie Resnick, il poursuit son portrait social et intime, d'une Angleterre intranquille, avec autant de subtilité que de sensibilité. (Michel Abescat - Télérama du 29 octobre 2014)

Pas de gras, pas de rides, l'écriture de John Harvey (76 ans et une santé de gentleman) est un modèle d'élégance, dans ce monde du polar où l'on aime trop souvent la description interminable et les mises en scène tonitruantes. L'homme est un touche-à-tout : poésie, théâtre, scénarios, livres pour la jeunesse... et polar...
Le romancier ausculte la société britannique, et la regarde à hauteur d'homme, préférant le dialogue piquant à la diatribe sociale, le réalisme mélancolique aux effets de manche. Cet écrivain joue juste quand il a le blues. (Christine Ferniot - Télérama du 3 décembre 2014)