«- Douze enfants ! Mais ça ne tiendra jamais là-dedans ! «Ça», c'est nous et, «là-dedans», c'est la maison que le p'pa a trouvée. D'accord, elle est petite et paraît recroquevillée par le froid, mais elle est à nous. Il faudra attendre qu'il fasse beau pour avoir une idée de sa vraie taille. Le soleil, ça agrandit.»
Une admiration sans borne pour un père chaudronnier à qui il prête une vie secrète ; un regard curieux qu'il porte sur une mère omniprésente et une douzaine de frères et de soeurs. Daniel Picouly dresse ici avec émotion le portrait d'un enfant, dans une banlieue parisienne des années 1950.
Daniel Picouly dresse te portrait d'un enfant, dans une banlieue parisienne des années 1950. Pour ce dernier, tout est prétexte à émerveillement. C'est d'abord un père chaudronnier à qui il prête une vie secrète ; c'est aussi le regard curieux qu'il porte sur une mère omniprésente et une douzaine de frères et de soeurs. Mais c'est surtout, au bout de la rue, entre un mur et un pan de ronces, un endroit anodin que la naïveté de cet enfant rend magique : le champ de personne...
Daniel Picouly Daniel Picouly, né à Villemomble en 1948, est écrivain et scénariste de bande dessinée français. En 1992, il publie son premier roman. La Lumière des fous, avec l'aide de Daniel Pennac. Il présente aussi des émissions de télévision : Café Picouly, depuis 2009 sur France 5. Le Champ de personne est un de ses grands succès : paru en 1995, il obtient en 1996 le prix des lectrices ELLE.
Extrait
LA GRIFFE DU TIGRE
Il fait nuit et je viens de me réveiller en sursaut quelque part dans la maison. Le grenier est en flammes. La fumée m'asphyxie. J'ai dix ans dans moins d'un mois et je vais déjà mourir. Ça commence bien, la vie ! C'est ma faute. J'ai dû faire «la» très grosse bêtise. Chez nous, chaque fois que quelqu'un fait «la» très grosse bêtise, la maison brûle. Il n'y a pas que dans les rédactions où il faut éviter les répétitions. Pour les incendies aussi. La première très grosse, c'est mon frère Roland qui l'a faite. On habitait encore à la Grand-Rue, pas très loin d'ici. Il a mis le feu à de vieux chiffons au grenier, pour ne pas retourner au Centre d'apprentissage. Les machines de l'atelier lui faisaient peur. - Tais-toi ! Si le monsieur de l'assurance t'écoutait, ton frère irait en prison. J'entends la voix de la m'am au fond de mon oreille. La droite, celle des histoires pour s'endormir. La m'am est toujours à mes côtés. Elle flotte dans les airs, ne dort jamais, vole, apparaît, disparaît, se glisse sous mes paupières, dans la poche de mon short, ou dans mon cartable. J'ai de la chance, j'ai une maman Peter Pan. - C'est un court-circuit. Tu te souviendras si le monsieur de l'assurance te demande : un court-circuit ! Il est joli ce mot. Tu pourrais l'écrire sur ton cahier de collection. J'ai une manie, je collectionne. Les mots compliqués, les énumérations, les titres étranges des journaux, les étiquettes de camembert et les soldats Mokarex des paquets de café. La famille, elle, collectionnerait plutôt les ennuis. La maison de la Grand-Rue a brûlé en pleine nuit de l'hiver 1954. Il gèle à moins quinze. Sur le trottoir, la mère vérifie pour savoir si elle a son compte d'enfants... Dix, onze, et douze ! C'est bon, on peut y aller. Cette fois-là, ce qu'on a pu sauver tient dans une charrette à bras. - On a eu de la chance, comme on avait rien, on a pas perdu grand-chose.
Présentation de l'éditeur
" - Douze enfants ! Mais ça ne tiendra jamais là-dedans ! "Ca", c'est nous et, "là-dedans", c'est la maison que le p'pa a trouvée. D'accord, elle est petite et paraît recroquevillée par le froid, mais elle est à nous. Il faudra attendre qu'il fasse beau pour avoir une idée de sa vraie taille. Le soleil, ça agrandit". Une admiration sans borne pour un père chaudronnier à qui il prête une vie secrète ; un regard curieux qu'il porte sur une mère omniprésente et une douzaine de frères et de soeurs. Daniel Picouly dresse ici avec émotion le portrait d'un enfant, dans une banlieue parisienne des années 1950.
Description:
«- Douze enfants ! Mais ça ne tiendra jamais là-dedans !
«Ça», c'est nous et, «là-dedans», c'est la maison que le p'pa a trouvée. D'accord, elle est petite et paraît recroquevillée par le froid, mais elle est à nous. Il faudra attendre qu'il fasse beau pour avoir une idée de sa vraie taille. Le soleil, ça agrandit.»
Une admiration sans borne pour un père chaudronnier à qui il prête une vie secrète ; un regard curieux qu'il porte sur une mère omniprésente et une douzaine de frères et de soeurs. Daniel Picouly dresse ici avec émotion le portrait d'un enfant, dans une banlieue parisienne des années 1950.
Daniel Picouly dresse te portrait d'un enfant, dans une banlieue parisienne des années 1950. Pour ce dernier, tout est prétexte à émerveillement. C'est d'abord un père chaudronnier à qui il prête une vie secrète ; c'est aussi le regard curieux qu'il porte sur une mère omniprésente et une douzaine de frères et de soeurs. Mais c'est surtout, au bout de la rue, entre un mur et un pan de ronces, un endroit anodin que la naïveté de cet enfant rend magique : le champ de personne...
Daniel Picouly Daniel Picouly, né à Villemomble en 1948, est écrivain et scénariste de bande dessinée français. En 1992, il publie son premier roman. La Lumière des fous, avec l'aide de Daniel Pennac. Il présente aussi des émissions de télévision : Café Picouly, depuis 2009 sur France 5. Le Champ de personne est un de ses grands succès : paru en 1995, il obtient en 1996 le prix des lectrices ELLE.
Extrait
Il fait nuit et je viens de me réveiller en sursaut quelque part dans la maison. Le grenier est en flammes. La fumée m'asphyxie. J'ai dix ans dans moins d'un mois et je vais déjà mourir. Ça commence bien, la vie !
C'est ma faute. J'ai dû faire «la» très grosse bêtise. Chez nous, chaque fois que quelqu'un fait «la» très grosse bêtise, la maison brûle. Il n'y a pas que dans les rédactions où il faut éviter les répétitions. Pour les incendies aussi.
La première très grosse, c'est mon frère Roland qui l'a faite. On habitait encore à la Grand-Rue, pas très loin d'ici. Il a mis le feu à de vieux chiffons au grenier, pour ne pas retourner au Centre d'apprentissage. Les machines de l'atelier lui faisaient peur.
- Tais-toi ! Si le monsieur de l'assurance t'écoutait, ton frère irait en prison.
J'entends la voix de la m'am au fond de mon oreille. La droite, celle des histoires pour s'endormir. La m'am est toujours à mes côtés. Elle flotte dans les airs, ne dort jamais, vole, apparaît, disparaît, se glisse sous mes paupières, dans la poche de mon short, ou dans mon cartable. J'ai de la chance, j'ai une maman Peter Pan.
- C'est un court-circuit. Tu te souviendras si le monsieur de l'assurance te demande : un court-circuit ! Il est joli ce mot. Tu pourrais l'écrire sur ton cahier de collection.
J'ai une manie, je collectionne. Les mots compliqués, les énumérations, les titres étranges des journaux, les étiquettes de camembert et les soldats Mokarex des paquets de café. La famille, elle, collectionnerait plutôt les ennuis.
La maison de la Grand-Rue a brûlé en pleine nuit de l'hiver 1954. Il gèle à moins quinze. Sur le trottoir, la mère vérifie pour savoir si elle a son compte d'enfants... Dix, onze, et douze ! C'est bon, on peut y aller. Cette fois-là, ce qu'on a pu sauver tient dans une charrette à bras.
- On a eu de la chance, comme on avait rien, on a pas perdu grand-chose.
Présentation de l'éditeur
" - Douze enfants ! Mais ça ne tiendra jamais là-dedans ! "Ca", c'est nous et, "là-dedans", c'est la maison que le p'pa a trouvée. D'accord, elle est petite et paraît recroquevillée par le froid, mais elle est à nous. Il faudra attendre qu'il fasse beau pour avoir une idée de sa vraie taille. Le soleil, ça agrandit". Une admiration sans borne pour un père chaudronnier à qui il prête une vie secrète ; un regard curieux qu'il porte sur une mère omniprésente et une douzaine de frères et de soeurs. Daniel Picouly dresse ici avec émotion le portrait d'un enfant, dans une banlieue parisienne des années 1950.