Il y a quelque chose de fantomatique
dans ce très beau récit de Pierre Pelot. Une histoire subtilement
esquissée, des paysages d'hiver noyés sous la brume et la neige fondue.
Des bribes de souvenirs, un personnage central au crépuscule de sa vie,
une ombre déjà. Et l'histoire du pays, les Vosges, en filigrane, les «
froustiers », les verriers et les tisserands, tout un peuple comme une
armée de fantômes entêtants.
Le texte pourtant parle fort à l'imagination, pique au cœur et
chavire l'âme. Un jeune homme arrive, l'hiver, sur les bords de la
Moselle, passe Remiremont et s'enfonce dans la vallée. Il ne sait rien
de la région qui l'accueille froidement, flocons plaqués au pare-brise.
Il cherche Maria, une vieille femme pensionnaire d'une maison de
retraite. Il connaît sa voix, entendue sur une radio locale, où elle
raconte l'histoire de la région. Atmosphère de nuit, solitaire et
frileuse. Qui est ce jeune homme et que veut-il à Maria, dont le passé
brusquement va surgir, ramenant avec lui la boue d'une tragédie
récente, celle de l'occupation nazie et de la Résistance...
Le livre se dévore comme un thriller poétique, il captive et
ensorcelle par son pouvoir d'évocation, la beauté rugueuse de ses
paysages, la présence des vivants et des morts. Les Vosges, sous la
plume de Pierre Pelot, bruissent de mille mémoires, comme si rien,
jamais, n'était totalement enfui, comme si la terre, les pierres et les
arbres et les nuages conservaient la trace de tous les passés. Et sûr
qu'on n'oubliera pas de si tôt le beau visage de Maria, l'ancienne
institutrice au destin outrageusement escamoté.
Le 05/03/2011 - Mise à jour le 18/09/2013 à 17h38 Michel Abescat - Telerama n° 3190
Les Vosges sous l'occupation nazie. Maria est institutrice et coule des jours insouciants avec Jean, son mari. Un beau jour, des maquisards viennent la chercher à l'école, devant ses élèves, mais promettent de la ramener bientôt, qu'ils ne lui feront pas de mal... C'est là que commence le calvaire de Maria, un calvaire qui durera toute sa vie : elle est battue, torturée, violée pour avoir aimé Jean, un collabo. La disgrâce et la cruauté de ces personnes, que la France élèvera bientôt au rang de héros, resteront à jamais gravées en elle... Mais elle n'en parlera à personne. Cinquante ans plus tard, par une nuit neigeuse, un jeune homme arrive dans cette vallée des Vosges pour rendre visite à l'une des pensionnaires de la maison de retraite. La voix fatiguée d'une conteuse, sur les ondes d'une radio locale, l'accompagne dans son périple nocturne, évoquant l'histoire de ces terres où gèlent les eaux de la Moselle, une histoire hantée par les fantômes du passé...
Description:
Maria
Pierre Pelot
CRITIQUE
Roman
Il y a quelque chose de fantomatique dans ce très beau récit de Pierre Pelot. Une histoire subtilement esquissée, des paysages d'hiver noyés sous la brume et la neige fondue. Des bribes de souvenirs, un personnage central au crépuscule de sa vie, une ombre déjà. Et l'histoire du pays, les Vosges, en filigrane, les « froustiers », les verriers et les tisserands, tout un peuple comme une armée de fantômes entêtants.
Le texte pourtant parle fort à l'imagination, pique au cœur et chavire l'âme. Un jeune homme arrive, l'hiver, sur les bords de la Moselle, passe Remiremont et s'enfonce dans la vallée. Il ne sait rien de la région qui l'accueille froidement, flocons plaqués au pare-brise. Il cherche Maria, une vieille femme pensionnaire d'une maison de retraite. Il connaît sa voix, entendue sur une radio locale, où elle raconte l'histoire de la région. Atmosphère de nuit, solitaire et frileuse. Qui est ce jeune homme et que veut-il à Maria, dont le passé brusquement va surgir, ramenant avec lui la boue d'une tragédie récente, celle de l'occupation nazie et de la Résistance...
Le livre se dévore comme un thriller poétique, il captive et ensorcelle par son pouvoir d'évocation, la beauté rugueuse de ses paysages, la présence des vivants et des morts. Les Vosges, sous la plume de Pierre Pelot, bruissent de mille mémoires, comme si rien, jamais, n'était totalement enfui, comme si la terre, les pierres et les arbres et les nuages conservaient la trace de tous les passés. Et sûr qu'on n'oubliera pas de si tôt le beau visage de Maria, l'ancienne institutrice au destin outrageusement escamoté.
Le 05/03/2011 - Mise à jour le 18/09/2013 à 17h38
Michel Abescat - Telerama n° 3190
Les Vosges sous l'occupation nazie. Maria est institutrice et coule des jours insouciants avec Jean, son mari. Un beau jour, des maquisards viennent la chercher à l'école, devant ses élèves, mais promettent de la ramener bientôt, qu'ils ne lui feront pas de mal... C'est là que commence le calvaire de Maria, un calvaire qui durera toute sa vie : elle est battue, torturée, violée pour avoir aimé Jean, un collabo. La disgrâce et la cruauté de ces personnes, que la France élèvera bientôt au rang de héros, resteront à jamais gravées en elle... Mais elle n'en parlera à personne. Cinquante ans plus tard, par une nuit neigeuse, un jeune homme arrive dans cette vallée des Vosges pour rendre visite à l'une des pensionnaires de la maison de retraite. La voix fatiguée d'une conteuse, sur les ondes d'une radio locale, l'accompagne dans son périple nocturne, évoquant l'histoire de ces terres où gèlent les eaux de la Moselle, une histoire hantée par les fantômes du passé...