Un mot revient souvent dans ce
nouvel opus autobiographique de Lionel Duroy : tremblement. Comme un
arbre entre deux orages, l'auteur frissonne. Colères est un
livre de peur et de reproches, écrit la tête basse et les yeux vagues.
Un livre qui se mord les doigts, comme le faisait le père de l'écrivain,
figure tutélaire de son œuvre littéraire sur la noblesse de la
faiblesse.
De sa sensibilité dévastatrice, qui suscite chez lui d'impérieuses
fuites solitaires, à pied, à vélo, en pensée ou par écrit, Lionel Duroy a
su apprivoiser la singularité : « Je me fais l'effet de ne pas être
un homme comme les autres, d'être à peine un homme en vérité, mais en
même temps je l'ai bien cherché puisque depuis toujours je déteste les
hommes avec leur sacro-sainte virilité et cette suffisance qu'ils
affichent partout. Je me souviens qu'enfant [...] je les méprisais déjà avec leurs chemises roses et leurs gourmettes. Des crétins prétentieux pour la plupart. » Après avoir crié sa rage de fils de famille nombreuse dans Priez pour nous et Le Chagrin,
deux récits douloureux écrits à vingt ans d'intervalle, il s'inquiète
aujourd'hui pour sa propre descendance et pour les deux femmes qui l'ont
tour à tour engendrée. Il dit la difficulté de transmettre sans
emboîter le pas boiteux des ancêtres, d'aimer sans vampiriser, « tout le travail secret qu'il faut fournir pour ne pas rater complètement sa vie ».
Si ses livres ne s'apparentent jamais à un règlement de comptes,
c'est que Lionel Duroy soliloque au lieu d'invectiver, s'apostrophe au
lieu de condamner. Un autre mot court dans ses écrits : feindre. Lucide
sur le port du masque nécessaire à la survie de l'homme, il poursuit ici
sa réflexion sur l'écriture, rempart de verre qui cache et révèle tout
autant : « Je vais écrire, comme je l'ai toujours fait, pour ne pas succomber sous le poids des événements [...] pour ne pas mourir d'accablement, me dis-je. » Se dit-il. A lui seul. N'engageant que lui-même, au péril de sa vie.
Le 16/04/2011 - Mise à jour le 12/04/2011 à 13h45 Marine Landrot - Telerama n° 3196
A travers les personnages de son roman, confrontés à des conflits douloureux, Lionel Duroy tente de décrypter le sens de la vie et en filigrane la légitimité de la création littéraire.
Quatrième de couverture «Comme c'est étrange que tout arrive au même moment, mon impuissance à aimer Hélène, la honte et l'humiliation que m'inflige mon fils en marchant sur les traces de mon père, en me ramenant au temps où nous avions affaire aux huissiers, aux avocats, aux tribunaux, à tous ces gens qui me font horreur, enfin le départ d'Anna qui met un terme à cette famille que nous avions cru réussir, mais d'où elle s'enfuit avec soulagement, exactement comme Hélène et moi nous étions enfuis de nos propres familles.
Comment avons-nous pu rater à ce point notre propre aventure familiale, alors qu'à chaque instant nous avons eu le sentiment de bien faire ?»
Inlassablement, Lionel Duroy écrit pour déchiffrer le chaos d'émotions dans lequel le plongent les événements de la vie. Avec ce roman, il tente de saisir les sentiments qui nous traversent quand nous sommes confrontés au conflit avec ceux qui nous sont le plus chers. À l'écart de tout lieu commun, loin des bégaiements de la morale ordinaire, il écrit cette fois dans l'urgence.
Description:
Roman
Un mot revient souvent dans ce nouvel opus autobiographique de Lionel Duroy : tremblement. Comme un arbre entre deux orages, l'auteur frissonne. Colères est un livre de peur et de reproches, écrit la tête basse et les yeux vagues. Un livre qui se mord les doigts, comme le faisait le père de l'écrivain, figure tutélaire de son œuvre littéraire sur la noblesse de la faiblesse.
De sa sensibilité dévastatrice, qui suscite chez lui d'impérieuses fuites solitaires, à pied, à vélo, en pensée ou par écrit, Lionel Duroy a su apprivoiser la singularité : « Je me fais l'effet de ne pas être un homme comme les autres, d'être à peine un homme en vérité, mais en même temps je l'ai bien cherché puisque depuis toujours je déteste les hommes avec leur sacro-sainte virilité et cette suffisance qu'ils affichent partout. Je me souviens qu'enfant [...] je les méprisais déjà avec leurs chemises roses et leurs gourmettes. Des crétins prétentieux pour la plupart. » Après avoir crié sa rage de fils de famille nombreuse dans Priez pour nous et Le Chagrin, deux récits douloureux écrits à vingt ans d'intervalle, il s'inquiète aujourd'hui pour sa propre descendance et pour les deux femmes qui l'ont tour à tour engendrée. Il dit la difficulté de transmettre sans emboîter le pas boiteux des ancêtres, d'aimer sans vampiriser, « tout le travail secret qu'il faut fournir pour ne pas rater complètement sa vie ».
Si ses livres ne s'apparentent jamais à un règlement de comptes, c'est que Lionel Duroy soliloque au lieu d'invectiver, s'apostrophe au lieu de condamner. Un autre mot court dans ses écrits : feindre. Lucide sur le port du masque nécessaire à la survie de l'homme, il poursuit ici sa réflexion sur l'écriture, rempart de verre qui cache et révèle tout autant : « Je vais écrire, comme je l'ai toujours fait, pour ne pas succomber sous le poids des événements [...] pour ne pas mourir d'accablement, me dis-je. » Se dit-il. A lui seul. N'engageant que lui-même, au péril de sa vie.
Le 16/04/2011 - Mise à jour le 12/04/2011 à 13h45
Marine Landrot - Telerama n° 3196
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A travers les personnages de son roman, confrontés à des conflits douloureux, Lionel Duroy tente de décrypter le sens de la vie et en filigrane la légitimité de la création littéraire.
Quatrième de couverture
«Comme c'est étrange que tout arrive au même moment, mon impuissance à aimer Hélène, la honte et l'humiliation que m'inflige mon fils en marchant sur les traces de mon père, en me ramenant au temps où nous avions affaire aux huissiers, aux avocats, aux tribunaux, à tous ces gens qui me font horreur, enfin le départ d'Anna qui met un terme à cette famille que nous avions cru réussir, mais d'où elle s'enfuit avec soulagement, exactement comme Hélène et moi nous étions enfuis de nos propres familles.
Comment avons-nous pu rater à ce point notre propre aventure familiale, alors qu'à chaque instant nous avons eu le sentiment de bien faire ?»
Inlassablement, Lionel Duroy écrit pour déchiffrer le chaos d'émotions dans lequel le plongent les événements de la vie. Avec ce roman, il tente de saisir les sentiments qui nous traversent quand nous sommes confrontés au conflit avec ceux qui nous sont le plus chers. À l'écart de tout lieu commun, loin des bégaiements de la morale ordinaire, il écrit cette fois dans l'urgence.
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